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Etape 4 : Visaginas, Lituanie

Nord-Est de la Lituanie. Nous venons de parcourir une longue ligne droite en pleine forêt de résineux quand surgissent de belles avenues taillées à angle droit. Elles ont été dessinées à partir de 1973. Au milieu ont poussé des cubes de béton mais ils semblent en bien meilleur état que ceux que nous avons vus jusque-là dans les pays baltes. Le quartier est vert, aéré. La "future" friche qui nous intéresse se trouve à la sortie Est de cette ville de 30 000 habitants. Nous arrivons devant la dernière centrale nucléaire de type Tchernobyl encore en activité sur le sol de l'Union européenne. Elle aurait dû fermer depuis des années mais le gouvernement lituanien a joué la montre et fait monter les enchères pour obtenir un maximum d'aides de la communauté internationale et en particulier de Bruxelles. La centrale a fermé ses portes en 2009.

La chute... des murs

2009_05_25 Visaginas PANO IMG_2243 C'est l'un des bâtisseurs de la ville et aussi futur démolisseur de la centrale, grand spécialiste du béton armé donc, qui nous conte son aventure au pays de l'atome civil socialiste. Romas Savicius n'est pas encore à la retraite, il n'est pas russe non plus contrairement à pas mal de ses collègues et à la majorité des habitants de Visaginas. Depuis deux ans, il prépare la destruction finale des deux blocs de la centrale. Le fonctionnement de l'un d'eux est déjà stoppé. Le chantier est gigantesque : il faudra démanteler le cœur des deux vieux réacteurs, récupérer et stocker les déchets radioactifs, un processus qui n'est pas encore réglé et qui prendra dans tous les cas de longues années. Une nouvelle centrale nucléaire devrait être créée dans la ville, en remplacement.

Les souvenirs qu'a Romas de 1989 ont tout du cauchemar professionnel. Trois ans après la catastrophe de Tchernobyl, les ouvriers et les ingénieurs du bâtiment de Visaginas ont dû stopper la construction pourtant déjà très avancée du troisième bloc de la centrale. Pression des organisations écologistes, changements politiques majeurs en Europe... ils durent tout casser, faire chuter les murs d'enceinte. Normes de sécurité revues à la hausse et fin de la technologie nucléaire soviétique.

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Extrait de l'entretien avec un démolisseur en chef de murs radioactifs

Romas se souvient qu'un jour, avant 1989, on a voulu le récompenser d'une médaille pour sa grande contribution à l'édification de la ville et de la centrale. Mais les responsables politiques de la région se sont rendu compte qu'il n'était pas membre du Parti Communiste. Romas Savicius n'a jamais reçu sa décoration.

Génération contaminée

Darius non plus n'a jamais eu de médaille du mérite. Le 9 novembre 1989, il se trouvait à Vilnius, dans la capitale lituanienne. Il avait 19 ans, il était étudiant en architecture et ne garde pas de souvenir précis de cette journée-là. Il nous parle des deux années qui ont suivi et qui ont mené son pays sur le chemin de l'indépendance. Il revoit les images très fortes de chaînes humaines organisées entre Vilnius et Tallin, la capitale estonienne. Il se rappelle des rassemblements dissidents auxquels il a participé dans le parc Vingi. 20 ans après la chute de l'empire soviétique, Darius estime qu'il fait partie de la dernière génération marquée au fer rouge et que cet héritage se voit et s'entend dans ses attitudes et sa prise de parole, dès qu'il est en groupe.


Extrait sonore qui commence par une brève psychanalyse du « caractère » lituanien des plus de 35 ans

Lituanie, Lettonie, Estonie, les pays Baltes offrent encore une panoplie architecturale de la « période CCCP ».