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Etape 6 : Ostrava, République Tchèque

Ostrava était la grande capitale de l'industrie sidérurgique tchèque du temps du bloc de l'Est. Son sous-sol est un gruyère, y compris en centre ville : on peut y voir de vieilles entrées de mines de charbon, en plus ou moins bon état, toutes condamnées mais toutes conservées « pour l'Histoire » comme dans le Nord de la France.

Cette ville de 300 000 habitants, capitale de la Moravie tchèque, ne se trouve qu'à quelques dizaines de kilomètres de la Silésie polonaise. Ce sont les « mêmes filons qu'en Pologne mais les nôtres sont moins profitables », nous explique un ancien mineur de fond. Que ce soit côté polonais ou côté tchèque, la révolution industrielle a frappé la sidérurgie et la métallurgie après la chute du Mur, tout comme elle avait sinistré le Nord de la France dans les années 70 et 80. Selon les chiffres officiels, Ostrava compte désormais 12 % de sa population active au chômage.

Notre choix s'est arrêté sur cette ville tchèque car elle abrite Vitkovice et ses immenses anciens hauts fourneaux, classés tout récemment patrimoine européen. Une ville dans la ville, avec une usine créée par un membre de la famille Rotschild au 19 ème siècle. Dans l'après-guerre, le site est devenu le cœur de l'acier rouge.

Cokeries en stock

2009_05_21 Leipzig IMG_0858 Arcelor Mittal produit encore de l'acier à quelques pas de ces vieux hauts fourneaux tout rouillés et soigneusement conservés. Il est prévu d'y réaliser d'ici quelques années des salles de conférence et d'en faire des espaces dédiés à des actions culturelles. Nous nous rendons à la station de tramway qui donne directement sur le site. La vue y est impressionnante mais peu de passagers descendent désormais ici. Nous y retrouvons Hana, fille et petite-fille de mineurs, qui donne de temps en temps des cours de français à l'Alliance française. Elle est accompagnée de l'une de ses amies, Pavla, avec qui elle a travaillé à Vitkovice. Hana y a effectué un court séjour à la fin de ses études en 1989 alors que Pavla y avait été embauchée deux ans plus tôt comme ingénieur d'études.


Extrait sonore sur le quai de la station de tramway de Vitkovice avec Pavla et son amie Hana, qui assure la traduction

Tourisme post-industriel

2009_05_21 Leipzig IMG_2663 Hana décide de nous emmener le lendemain matin, sous la pluie, visiter la grande mine-musée Michal à cinq kilomètres du centre ville. Elle n'y a jamais mis les pieds bien qu'elle ait été ouverte au public il y a huit ans.

Nous arrivons un peu avant l'ouverture. L'occasion, en attendant, de replonger dans les souvenirs d'un stage à Vitkovice. En novembre 1989, Hana travaillait comme stagiaire au bureau du personnel, « le repaire des chefs du Parti Communiste de l'usine ». Elle se souvient parfaitement bien de cette atmosphère chaque jour plus pesante et plus alcoolisée. Sentant le vent tourner, les « patrons » d'Hana avaient des fins de journée difficiles, les bouteilles valsaient, les pots d'adieu se multipliaient. Et qui devait aller acheter les bouteilles ? la stagiaire. Juste avant la chute du mur à Berlin, alors que des manifestations étaient organisées à Prague, Hana se vit proposer d'adhérer au Parti avec la promesse d'une belle carrière à Vitkovice. La stagiaire refusa de prendre sa carte, périmée par avance.

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Extrait sonore d'Hana, ex-stagiaire qui a refusé une avance

Les visiteurs ne sont pas autorisés à descendre dans les galeries de la mine Michal, condamnées pour leur grande dangerosité. Tout le reste est parfaitement conservé : la salle des masques à gaz, les douches, l'entrée des puits, les chariots. Le jour de notre visite, guidés par Jerry, un ancien mineur du site, nous ne croisons que quelques personnes dans l'ancienne salle des commandes et dans celle des machines, en parfait état de marche. Mais les anciens mineurs reconvertis en guide disent voir peu à peu débarquer de jeunes adultes et même des adolescents qui veulent comprendre la vie que menaient leurs parents et grands-parents. Dans les années qui ont suivi la révolution de 1989, la tendance était tout autre : oublier autant que possible les mineurs de fond et l'industrie lourde en général, parce que c'était sale et pollué mais aussi parce que les pouvoirs communistes s'étaient plu à les valoriser.

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Extrait sonore de la visite avec Anna et Jerry, un ancien mineur reconverti en guide pour les amateurs de tourisme industriel